
Qu’il me soit permis ici d’attirer l’attention de ceux qui vont parcourir les lignes d’écritures ci-contre ou ci-présentes devant vous. Face à la décision que j’ai prise depuis janvier 2005 de rentrer dans mon pays d’origine – le Gabon – après 22 ans d’exil- je voudrais ici demander à mes lecteurs et principalement à mes compatriotes de prêter attention – s’ils le désirent – à mon rappel historique personnel, afin qu’ils saisissent les raisons qui animent et qui ont toujours motivé mes convictions. Mes écrits ne sont point une litanie, car c’est bien mon vécu. Et, il m’est apparu important de relater mes désirs et mes tribulations qui ont gouverné mon combat social et politique à la recherche de mon indépendance et de ma liberté : ce mot leitmotiv de tous les peuples du monde. Est-il important de souligner que cette aventure m’a valu des amertumes, des pleurs, des privations, des regrets et des chagrins surtout pour n’avoir pas assisté aux obsèques de bon nombres de parents et grands parents dont mon beau-père Emile Moukombi, mon oncle Adrien M’boumba que j’appelais affectueusement « papa Adrien », mon grand-oncle Joseph Mbendou Kombile que j'appellais affectueusement "Màme SéFu", quatre de mes trois grandes tantes que je cite ici: Màme Odile, Mà Pauline, Mame Néni, mes grand-mères Mà Buangue, Mame N’dombi, Pauline Magangue Mà Issangue; ma cousine (Constance épouse Moussavou), trois de mes petit-frères (Jean Lié Yembi, Alain Mounziegou et Itoumba Mounziegou); mon beau-frère Mbadingue Nzàle, et ma nièce Adeline Graffith qui est décédée noyée dans une plage de Libreville dans des conditions mystérieuses. Tous sont décédés durant mes 22 ans d’exil. J’ai toujours eu une pensée profonde à leur égard. Je ne les oublierais pas jusqu’à mon dernier souffle. Il convient de noter qu’en Afrique, la famille est très vaste et est très importante. Elle meuble et agrémente le quotidien de notre vie. L’espace familial africain a toujours valu - pour chaque africain- une attention et une place toutes particulières.
Certes cette aventure n’a pas eu que cette lame de spleen de regrets ou de malheurs. Elle a eu également des instants de bonheur pour avoir fondé une famille en exil, tout en exultant de joie de savoir que les actes que je posais avec certains de mes compatriotes avaient des échos dans notre pays, et faisaient espérer de nombreux gabonais qui n’ont cessé d’aspirer à
la Liberté. Mais , je serais d’apparence gonflé aux yeux de certains en disant que j’ai toujours été convaincu que mon combat pour
la Liberté est au dessus de tout, que
la Liberté avait un prix – c’est d’ailleurs le titre d’un de mes articles en 1996 paru dans le n°2 du magazine Nouvelle Afrique-, et que l’aurore de l’assaut final pour la prise de
la Bastille « Gabon » se dessinait déjà à grand pas (…) dès le 14 juillet 1989 pour la liberté du peuple gabonais.
Comme pour paraphraser Vincent de Paul Nyonda, notre illustre écrivain, lorsque qu’il écrivait dans l’une de ses pièces tragédies de théâtre dont je ne me rappelle que le résumé et l’adage de fin que je cite ici : L’Amour pour le Gabon est plus fort que moi, et c’est pourquoi j’ai décidé d’éclairer les miens sur le sens de mon modeste combat.
«Quand un fils du peuple meurt dans un champ de bataille , mille autre naissent armés de la même pensée», mon objectif est de transmettre à mes compatriotes, particulièrement à mes proches et à ma progéniture, le patriotisme pour notre pays et pour l’Afrique notre continent.
Ainsi, après avoir pris part à ma manière à la politique de mon pays, et après avoir méticuleusement observé le microcosme politique gabonais de façon progressive et avec beaucoup de détachement; je suis fortifié de croire que mon devoir de servir à ma manière mon pays et la république ne doit pas s’arrêter. Je continue de croire comme pour paraphraser notre ami socialiste Laurent Fabius, ancien premier ministre français, qui écrivait dans « Les blessures de la vérité » je cite:
« Le temps sculpteur des destins individuels et des aventures collectives. Garder foi en l’action politique en relativisant les clivages, tout en récusant le manichéisme et continuer de croire que la politique peut avoir utilité et profondeur »
RAPPEL HISTORIQUE
Permettez-moi de vous raconter un pan de mon histoire, tout en vous demandant de m’excuser pour la gêne que cela viendrait à vous causer .
C’était en Septembre 1979- Janvier 1980, je n’étais que lycéen en classe de seconde scientifique et technologique au Lycée technique d’Owendo* près de Libreville.
Afin de me permettre de progresser en mathématiques, j’allais rendre visite et en même temps solliciter le concours d’un de mes frères aînés qui était élève-Ingénieurs à l’Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs de Libreville (ENSIL) n’existant plus aujourd’hui. Celui-ci vivait dans une chambre du campus universitaire avec un de ses collègues de classe. Tous les deux nous aidaient – deux de mes cousins et moi-même - à préparer nos cours et devoirs de mathématiques et de Sciences physiques. C’est au cours de cette fréquentation que je découvre une pile de documents au sujet de la situation politique, sociale et économique de notre pays. Une fois ces documents sous nos mains, nous les lisions et relisions la nuit avec l’un de mes amis –aujourd’hui au Cabinet d’un des ministres du régime en place: je cite Monsieur Denis Ghislain Ibouily, (ex-officier supérieur pilote de l’Armée de l’Air gabonaise, ancien pilote au service aéroporté présidentiel du Rwanda sous le feu Habyarimana et ancien instructeur des services de sécurité du Rassemblement National des Bûcherons (RNB).
Déjà antérieurement, dans mes années de lycée à l’intérieur du pays – à l’ex-Lycée d’Etat de Tchibanga – j’avais suffisamment observé les pratiques du parti unique : le Parti Démocratique Gabonais (PDG) à travers le comportement de ses dirigeants ou gestionnaires de l’époque. Déjà tout gamins, n’avais-je pas observé des pratiques délétères et immorales qui émanaient de la part des «barons» de la région (De nombreuses femmes étaient encouragées à quitter en permanence leurs foyers pour des réunions qui n’en finissaient pas. Des hauts fonctionnaires de la région et du parti mettaient à profit cette situation de désordre des foyers conjugaux pour commettre des adultères avec des femmes mariées, ou incitaient les jeunes filles à la débauche. Tout en incitant en permanence à la division des hommes et des femmes, des jeunes et des adultes. Cette situation était identique dans l’ensemble du territoire, avais-je remarquer en grandissant, alors que le développement du pays n’avançait pas…

Les trois points les plus culminants qui avaient éveillé ma conscience politique sont les suivants :
- Un jour, en saison académique 1971-1972, nous sommes dans la cour de la maison de notre père mes frères, mes cousins, nos amis et camarades de quartiers et d’école en plein jeux. Nous jouions un match de football inter-quartier entre enfants de mon âge. Alors débarque la marrée chaussée (les gendarmes) pour interpeller le frère cadet de notre père qui se reposait tranquillement dans son lit. Ils pénétrèrent dans notre case sans la moindre retenue – notre papa étant en tournée de vaccination des populations rurales. Il était infirmier- pour l’arracher de son lit pour l’entraîner avec eux menotté sous prétexte d’ivresse publique exprimée la veille. La manière dont les gendarmes l’avaient jeté dans leur camion, et l’avaient maltraité m’est restée gravée à l’esprit. Mon oncle écopa plus de 3 (trois mois de prison) à la suite d’un laconique jugement, sans moyens de défense aucuns. J’étais incapable d’intervenir mes frères, mes cousins et moi-même face à ces sbires pour défendre notre oncle au regard de la violence que lui infligeait cette marrée chaussée spéciale qui n’avait plus pour rôle d’assurer la sécurité des populations mais bien au contraire avait pris goût à bâillonner les populations.
- Puis, en 1976-1977, le cousin de mon père (Pierre M’bouala Boulet) syndicaliste – aujourd’hui à la retraite - dans la localité de Tchibanga, capitale de la région –province- dont je suis originaire a été arrêté pour avoir défendu des travailleurs puis jeté en prison sans jugement. Cette arrestation arbitraire entraîna tout le département dans une révolte violente où le gouverneur et tous les représentants de l’Etat furent chassés : obligeant au gouvernement d’intervenir directement par le biais du Ministre de l’Intérieur de l’époque. Dans cette révolte, quelque chose d’extraordinaire avait sauté à mes yeux et est restée jusqu’aujourd’hui gravée dans ma mémoire. N’avion-nous pas vu les élèves, les collégiens, et les lycéens se mêler au reste de la population et aux notables du département pour aller casser
la Maison d’Arrêt et libérer le syndicaliste.
Ces deux histoires ont éveillé ma conscience politique et m’ont incité à aiguiser ma prise de responsabilité face à la défense de nos droits les plus élémentaires.
L’arrestation du syndicaliste surtout m’apprit que lorsque que quelqu’un a raison, sa cause peut être défendue ou entendue par ses prochains ou ses concitoyens. Et que, les causes justes finissent par triompher. J’ai commencé à me poser les questions sur les moyens à mettre en œuvre pour stopper les injustices que certaines personnes – surtout ceux munis d’un pouvoir politique – font subir à leurs semblables.
- le troisième fut mon arrestation en pleine nuit dans l’enceinte du lycée technique d’Owendo par des éléments de la «Garde Présidentielle» aujourd’hui devenue «
La Garde Républicaine » sous prétexte de vol des vêtements d’un collègue de chambre natif de N’guoni une bourgade dans le village natal de l’actuel chef de l’Etat gabonais. Ce collegue était en fait furieux et jaloux de mes succès scolaire et d’une conquête féminine dont l’intéressée était la préférée d’un « baron » de sa région natale
L’on me traîna dans la ville nue de maisons en maison à la recherche des supposés complices que je n’avais pas, avant de me conduire directement en prison sans jugement pendant une semaine sans que mon proviseur et le reste de la direction du lycée que je fréquentais en tant qu’interne ne leva le moindre doigt pour contester ce comportement. Je fus sorti de ce labyrinthe carcéral sans la moindre excuse jusqu’aujourd’hui.
Cette histoire rocambolesque de mon collègue de chambre d’internat était en fait un ficelage éhonté pour exprimer sa fureur et sa jalousie face à mes succès scolaires et à mes conquêtes féminines dont l’intéressée était la préférée d’un « baron » de sa région natale dont je ne citerais pas le nom par respect de la vie privée d’autrui.
Cette histoire me réconforta une fois de plus qu’il fallait me donner les moyens de combattre l’injustice et l’arbitraire dans mon pays.
L’on pourrait me traiter de peut être de jeune trop intelligent pour cette époque. Mais, pour certains qui me connaissent, et qui ont fréquenté avec moi les deux lycées cités ci-dessus pourraient affirmer ou infirmer mon état d’esprit de l’époque. De plus, Certains de mes enseignants ou professeurs de l’époque de mes années d’écoles et de lycées sont encore en vie. Bref j’étais de type contestataire car j’ai grandi dans une famille où mon père infirmier – il a démarré ses premiers pas professionnels comme gérant dans une cité rurale issue de l’exploitation forestière à Loubomo près de Mayumba, puis instituteur auxiliaire- nous a appris à lire et à écrire très tôt. Ainsi j’ai eu le goût du livre et de la lecture. J’ai commencé à prendre conscience des problèmes politiques dès l’école primaire en lisant le journal magazine «
La Semaine de Brazzaville» que commercialisait un des commerçants d’origine malgache dont je me souviens encore le prénom et l’appellation («Monsieur Bruno»), et le Magazine « Jeune Afrique »dont nous lisons des vieux numéros qui nous tombaient sur la main.
C’est à partir de l’ensemble de ces événements là que j’ai aiguisé ma conscience politique (...) Ajouté à cela, l’étiolement du système scolaire -habitué à voir les fournitures scolaires être financées à chaque rentrée par l’Etat à l’époque de feu le Président Léon M’ba – à l’arrivée du régime du PDG qui poussa les familles à mettre la main dans la poche. Cela créa alors l’école à deux vitesses…
De plus, j’ai appris beaucoup d’un de l’ex époux à l’une de mes tantes – Feu N’zeng Essimengane, ancien dignitaire du pays- qui me parla à flot de la politique de la période 1958 jusqu’à l’avènement de Monsieur Bongo Ondimba et l’imposture du Parti Démocratique Gabonais (PDG).
Pour revenir à l’essentiel, alors je prends connaissance en 1980 des réunions de concertations clandestine multiples qui allaient devenir le Mouvement de Redressement National (RNB).
Nous en discutions régulièrement en groupe secret restreints, jusqu’aux événements de
la Gare routière en 1981 qui déclenche la marche du peuple gabonais vers
la Conférence nationale de 1990.
La répression violente qui a suivi et qui avait entraîné tous les initiateurs du MORENA en prison, avait plongé tous les jeunes militants dans la clandestinité la plus totale car, le régime du PDG était très totalitaire et très violent. Parmi ces jeunes gabonais qui avaient très tôt cru au MORENA, je suis de ceux là.
En 1982-1983, je suis reçu en classe préparatoire à l’Ecole Supérieur d’Ingénieurs de Libreville où je suis reçu sans Bac (ma bourse était de 55.000 Francs CFA 1.100 Francs Français de l’époque car non bachelier à cette période:issue d’une famille pauvre, cela m’avait été d’un grand secours financier pour m’organiser…).
Me sentant de plus en plus dans le collimateur des Services de renseignements du régime, je me résolu malgré cela à repasser mon Baccalauréat Technologique «F4» (Bâtiment et Travaux Publics), en candidat libre et je fus reçu dès le premier tour avec une forte moyenne. Au préalable j’émis le vœux à la direction des études de l’ENSIL, et principalement à mon chef de département – Génie Civil – que je voulais faire des études courtes afin de me permettre d’avoir une formation complémentaire en gestion afin de me permettre de m’installer comme chef d’entreprise du bâtiment. Egalement, je fis ce vœu aux bourses et stages avant de rejoindre l’ENSIL. Mais, lors des entretiens que j’eusse avec mes supérieurs hiérarchiques, je pressentais que l’on me prenait pour un prétentieux, voir pour un fou.
Lorsque je repasse mon baccalauréat «F4», en 1983, je me dis naturellement que je serais maintenu à l’ENSIL, et je me permets d’aller simplement passer mes vacances auprès de mes parents dans ma région natale – province, appellation actuelle- pour savourer cet événement qui était à cette période un honneur pour la famille.
De retour des vacances, quelle a été ma surprise d’apprendre que j’étais réorienté à l’Ecole Nationale de l’Enseignement Technique (ENSET) pour devenir enseignant : ce qui n’était pas mon objectif.
Je te conteste alors cette décision au regard des résultats obtenus cette année, et en dépit de l’intervention de quelques responsables du Ministère de l’Enseignement Supérieur, la direction des «Bourses et Stages» ne revinrent pas sur leur décision.
Face à cette attitude que j’avais considérée comme une volonté de nuire à mon avenir dont mon avenir professionnel, j’avais commencé à réfléchir sur les voies et moyens qui me permettraient de me rendre à l’étranger. Entre temps, j’avais passé un concours pendant l’année pour poursuivre des études d’Hydraulique et d’Equipement en Haute-Volta devenue depuis le 4 Août 1983 le Burkina Faso. En dépit que je fus reçu à ce concours d’entrée du Groupe d’écoles ETSHER-EIER financées par le Fonds d’Aide et de Coopération (FAC), je ne pus sortir du Gabon faute de passeport. Je décidais alors de suspendre mes études supérieures en allant travailler dans l’objectif de sortir du pays, tout en cherchant une porte d’entrée à la «Documentation Nationale»: l’un des Services Secrets du Gabon. Au mois de janvier 1984, je trouve un emploi de Gestionnaire d’une unité de vente des matériaux de construction dans une société à Port-Gentil (« Les Matériaux du Gabon, une société filiale du Groupe français Laffarge Copé au Gabon dont le Directeur fut Monsieur Arnaud Dechilaz. J’arrête ce travail au bout de 6 mois, et je remonte à Libreville où, profitant d’une correspondance d’un compatriote – Jean Aimé Mezui - depuis Ouagadougou, j’appris que ma bourse FAC (Fonds d’Aide et de Coopération) était maintenue, et qu’il fallait tout simplement me rendre à Ouagadougou pour avaliser mon inscription.
Je décidais alors de rencontrer un ami d’enfance – aujourd’hui décédé, feu Amédée Mbadinga, paix à son âme - qui faisait parti des services des renseignements gabonais, et qui me fut d’un grand et inoubliable secours. A cette période des années noires du régime du PDG, personne ne pouvait prétendre à un passeport sans avoir subi les interrogations multiples des «Services de
la Documentation gabonaise». Mon passeport obtenu, je me débrouilla à obtenir un billet d’avion pour Ouagadougou.
Quelle surprise de la part de certaines sbires du régime de l époque lorsqu’ils apprirent que j’avais réussi à sortir du pays.
En 1984, si j’ai bonne mémoire, je sors clandestinement du pays et j’atterris au Burkina Faso, où je réussi à avoir les contacts du MORENA animé par le Père Paul Mba Abessole, et Max Anicet Koumba Mbadinga. En 1985, je réussis malgré moi à me retrouver à Paris en France où je m’inscris pendant deux ans à l’Ecole du Bâtiment et des Travaux Publics avec des stages en entreprises : ce qui me permet, au sortir de cette école, de collaborer avec des nombreux artisans et sociétés du bâtiment, tout en faisant du racollage commercial au noir en vendant des produits de toilettes pour survivre, étant donné que je n’étais pas boursier en France. Entre temps, je réussi à joindre l’animateur principal du MORENA, le Père Paul Mba Abessole qui m’avait recommandé à Sieur Joseph Minko Mi Oyé la pièce maîtresse de l’animation politique du mouvement à Paris. Il faisait office de « Directeur de Cabinet » de celui qui est devenue aujourd’hui Vice-premier ministre chargé des Transports et de l’Aviation Civile.
Depuis cette date, des menaces et intimidations -faites à ma famille, à mes proches et à moi-même – devenaient de plus grandissantes. Mes parents furent convoqués avec menaces et contraintes par les services de renseignements du régime. Tous se dédouanèrent car n’étant pas responsables de mes actes. En dépit de toutes ces menaces, mes convictions pour la libération de mon pays ne varièrent point.
Lorsque qu’interviennent les négociations secrètes entre le régime de Libreville et le MORENA à partir de 1987-1988, et qui aboutirent au retour du Père M’ba Abessole au Gabon, certains compatriotes et moi-même avions décidé de ne pas laisser le terrain politique vague ou vide à Paris. Nous animions des « réunions d’appartements » avec l’idée que, M’ba Abessolo n’ayant pas joué franc-jeu politique ou la transparence politique ; il fallait prouver au régime de Libreville que l’opposition n’était pas seulement M’ba Abessolo, mais qu’elle était une cause populaire nationale.
Et comme la nature a horreur du vide, le 14 juillet 1989 , la création de l’Union du Peuple Gabonais (UPG) par une frange des gabonais convaincus par la noblesse et la justesse du combat politique pour la libération du Gabon, avec à sa tête Pierre Mamboundou; fut considérée comme un coup d’Etat contre le régime de Libreville. La chute du mur de Berlin qui mit fin à la guerre froide entre les pays de l’Est et ceux de l’Ouest précipita les événements au Gabon, et nous conduisit à
la Conférence Nationale de 1990. Et, parmi les hommes de la première pour l’élan de l’union du Peuple Gabonais (UPG) à Paris, j’en suis un…
Depuis ce temps, l’eau coula sous le pont de la politique Gabonaise. En 1990, le leader de l’UPG est expulsé de France pour le Sénégal où il passe 3 ans, puis rentre au Gabon où il n’est point inquiété en dépit qu’il ait été condamné à 10 ans de réclusion par contumace par une « Cour de Sûreté» : une Cour d ’exception. Et, ironie de l’histoire c’est Zacharie Myboto aujourd’hui aux côtés de Pierre Mamboundou -dans l’opposition - qui était le porte-parole du PDG, et qui dénonçait avec vigueur le fameux coup d’Etat.
25 ans après la création du Mouvement de Redressement National (MOREANA), 17 ans après la création de l’Union du Peuple Gabonais( UPG), et 16 ans après
la Conférence nationale au Gabon, le temps est venu de faire le bilan.
En ce qui me concerne, et tenant compte de mon canevas de réussite professionnelle - qui semble atteint par rapport aux objectifs que je m’étais fixé dès le début de ma formation universitaire, ou de mes études supérieures, il m’a paru nécessaire et opportun de faire une pause pour en tirer un bilan personnel. Après avoir, avec moyens de bord, exprimé mes capacités professionnelles en Europe -où j’ai exercé dans divers métiers du bâtiment et des affaires -, je considère au plan professionnel que j’ai désormais beaucoup à apprendre aux miens restés dans mon pays.
Les jeunes gabonais doivent profiter de ma modeste expérience. Certes, j’ai encore soif d’apprendre car aujourd’hui, j’ai repris mes études d’Ingénieurs en Bâtiment interrompues pendant des années faute des moyens financiers. Egalement ma polyvalence intellectuelle me permet de nombreux apprentissages et travaux dans d’autres Corps d’Etat du BTP, en économie et en gestion d’entreprise. Aujourd’hui, Internet et les autoroutes de l’information me permettent progressivement d’étoffer mes connaissances dans le domaine du Bâtiment et des Travaux Publics. Cela demeure désormais un léger enjeux pour le fils d’un petit infirmier de brousse que je suis, parti de sa Nyanga natal et de son Tchibanga encore rural sans moyens financiers, pour faire une aventure risquée en Afrique et en Europe sans bourse aucune, et sans moyens financiers considérables au regard du coût de la vie dans les capitales africaines et en Europe. .
Mais, le véritable enjeux à mes yeux – et je souhaiterais dorénavant m’y investir pleinement- reste désormais les aspirations du peuple gabonais à la liberté et au bonheur, à l’acquisition des meilleurs conditions de vie. Il ne s’agit pas seulement de proclamer l’acquisition des droits politiques ou sociaux, il s’agit également que ces droits politiques aboutissent réellement sur les possibilités - pour les gabonais – de se voir réaliser les conditions économiques et matériels pour vivre décemment. Ces conditions ne peuvent être effectives que dans un véritable Etat de droit, car aucun développement ni progrès social ne sont possible hors du champs démocratique. La recherche de l’égalité, le travail et l’équité, le libre exercice du droit dans le travail, dans une société fondée sur la responsabilisation de chaque citoyen dans la cohésion, l’organisation et la rigueur sont autant de valeurs que doivent désormais s’approprier les gabonais.
Mais ces droits ne doivent pas seulement se décréter, ils doivent également être vécu. Notre pays a certes des nombreuses richesses, mais qui commandent les moyens humains et matériels pour les exploiter.
Les gabonais doivent se mettre à l’esprit que notre liberté, donc notre indépendance nous commande de compter sur nos propres forces avant de compter sur les forces extérieures.
Le changement , ou l’alternance politique que nous recherchons depuis l’indépendance octroyée des mains molles par le Général de Gaulle, nous commande de nous mettre au travail d’arrache pieds afin de rattraper notre retard cumulée depuis la colonisation que nous avions subie.
Nous avons hérité d’un système de valeur du travail qui ne nous a pas permis jusqu’alors d’espérer des lendemains meilleurs et aisés (…). Il va falloir nous organiser de façon cohérente et rigoureusement pour sortir nos têtes de l’eau pour vivre décemment.
Certains des nôtres pensent qu’il suffirait que Pierre Mamboundou, Zacharie Myboto, Jules Aristide Ogoulinguendé ou M’ba Abessolo deviennent président de la république pour que tout tombe du ciel et dans nos mains : ce rêve est d’avance faussé. Mais ne dit-on pas que les rêves sont permis, et que la réalité n’est que autre chose.
On peu parler d’ «école cadeau, d’hôpital cadeau » ou du « tout cadeau », cela ne se réaliserait que si nous nous mettons au travail. Car, il n’y a que par le travail que nous pourrons sortir notre pays de son gouffre actuel.
Ceux qui ont voyagé à l’étranger en Afrique peuvent convenir avec moi que des pays sahéliens comme le Burkina Faso, et le Mali, et aujourd’hui
la Mauritanie , des pays comme
la Côte d’Ivoire et le Ghana sont arrivés au stade où ils sont actuellement par l’organisation, la rigueur de gestion et le travail.
Notre pays jusqu’alors à toutes les chances de faire un grand bon en avant avec les atouts naturels de notre sol et sous-sols. Mais il nous faut un déclic qui ne viendra d’abord que par une alternance au sommet de l’Etat afin de libérer le génie créateur gabonais, puis d’autre part engager le vaste chantier de la réorganisation institutionnelle, donc une refondation de nos institutions, qui fera du droits de l’homme et des valeurs du travail son credo.
Mais, les conditions de la construction d’un Gabon Nouveau – débarrassé des tares du sous-développement, de la sous formation et de la mentalité du « Rien que l’Etat » ou du «Tout Etat », de l’assistanat et de l’Etat providence – commande à notre pays de briser les exclusives par une Re-fondation profonde de notre Etat, par les institutions de notre république, pour ainsi mettre l’homme au centre de la démocratie. Car, les institutions quelques soient les pays, sont d’abord une émanations des hommes, mêmes si calquées sur
la Bible , et sur le Coran. Et, pour qu’elle vivent et servent de garde-fous aux hommes qui vivent dans l’espace où elles ont été instaurées; il faut qu’on les respecte.
Cette volonté de briser les exclusives doit favoriser l’expression populaire, la liberté de conscience, et le bien-être de toutes les couches des populations gabonaises sans exception.Il faut mettre l’Homme au centre de la recherche de notre progrès. Mettre l’Homme dans cette position voudrait dire ou nous commande qu’il faudrait investir dans lui, c’est-à-dire en lui, en lui faisant confiance, tout en le formant dans tous les domaines professionnels dont
la Nouvelle Société gabonaise aura besoin.
Il faut faire renouer l’homme gabonais avec les valeurs morales qui nous ont guidés depuis des siècles, dont le goût de l’effort, valeurs que certains responsable ont mis au fumier de notre société.
Notre société commence à choquer par des actes immorales et amorales qui font désormais douter plus d’un gabonais pour l’avenir de notre pays. Il suffit de sillonner le Gabon pour voir le comportement de certains des nôtres , lire la presse, regarder la télévision ou écouter la radio pour réaliser et constater que notre pays est entrain de tanguer en profondeur, et est actuellement sur le point de vaciller (…).
Une société qui n’a plus de garde-fous moraux et spirituels – spirituels au sens objectif du terme – est une société vouée à une disparition.
Pour ce faire: c’est le devoir de la société civile et également celui des responsables politiques, il faut que l’éducation de notre peuple se fasse non seulement à l’école, au collège, au lycée ou à l’université ; mais également à travers le mouvement associatif et dans les partis politiques.
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